10/06/2017

Pour un conservatisme à la française ( Iere partie)

Dans la revue "La Nef" du mois de juin, que j'ai reçu pour m'y abonner, il y a un excellent dossier sur le renouveau du conservatisme en France.

Après un long purgatoire, celui-ci, semble émerger peu à peu des oubliettes de l'Histoire où on l'avait projeté, depuis notamment mai 68. Il a fallu la loi Taubira, pour qu'une génération de jeunes pour la plupart, se lève et ose dire non aux diktats de cette pensée libertaire.

Qu'est-ce que le conservatisme ? Selon Michael OaKeshott (1901-1990): "Etre conservateur, c'est...préférer le familier à l'inconnu, ce qui a été essayé à ce qui ne l'a pas été, le fait au mystère, le réel au possible, le limité au démesuré, le proche au lointain, le suffisant au surabondant, le convenable au parfait, le rire de l'instant présent à la béatitude utopique [...] Il jugera donc les changements minimes et lents plus tolérables que les changements importants et soudains et il valorisera fortement tout apparence de continuité..."

Le dossier fait remarquer à juste titre, qu'il n'y a pas un grand courant conservateur en France, comme il en existe dans les pays anglo-saxons comme Le Royaume-Uni ou bien encore aux Etats-Unis. Il faut dire, que ce courant est né dans cette sphère géographique.


La révolution américaine, contrairement à celle de France et plus tard, de Russie, est conservatrice.
En Angleterre, après la révolution de Cromwell et la restauration des Stuart, le parlement jouera un rôle plus important, mais ne remettra pas en cause, les structures établies comme le feront les Etats-Généraux en 1789, se proclamant Assemblée Nationale Constituante. Nous connaissons tous la suite.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, si le père du conservatisme est un anglais, plus exactement un irlandais, Edmund Burke (1729-1797). Il fut député à la Chambre des Communes et fut l'un des brillants orateurs du parti whig, qui défendait les communes et les libertés civiles, face au parti tory, qui défendait les prérogatives de la couronne et les intérêts des grands propriétaires terriens. On aurait pu s'attendre avec un tel pedigree, qu'il soutienne la révolution française. Il n'en est rien. Bien au contraire, il voit dans celle-ci une rupture avec l'ordre naturel. Son livre "Réflexions sur la Révolution Française", publié en 1790, sera un best-seller en Europe.
Dans un de ses écrits, il regrette que le Parlement de Paris "conservateur des lois, des usages et de la constitution antique du royaume", ne se soit pas opposé à la prétention des Etats Généraux à se proclamer Assemblée nationale et constituante: "en ne s'y opposant pas, le Parlement a manqué à son devoir, et cette faute a causé sa ruine particulière aussi bien que celle de sa patrie".
Burke ne niait pas que la France d'Ancien Régime avait besoin de réformes. Il estimait qu'il fallait supprimer certains abus et privilèges. Pour lui, la monarchie française aurait dû mettre en place une représentation permanente des sujets du royaume. Pour lui, la révolution française a consacré le triomphe de l'individualisme, du sujet sur la société. Il a résumé sa critique de l'individualisme ainsi: "L'individu est sot, seul l'espèce est sage". On imagine les cries d'orfraie de nos libéraux-libertaires de tous poils, d'aujourd'hui.

La révolution française est un bouleversement sans nom et notamment aux niveau des idées. Face à un ordre traditionnel, elle prétend rebâtir une société à partir de la raison en faisant table rase du passé. En France, des penseurs comme Joseph de Maître (1753-1821) et Louis de Bonald (1754-1840), sont des contre-révolutionnaires, plutôt que des conservateurs, au sens où l'entend notre irlandais. En effet, ils veulent revenir à l'état ancien, la monarchie d'Ancien Régime, avec quelques aménagements. Burke, demeure attaché à une monarchie parlementaire tempérée. Il y a dès l'origine, une dimension démocratique et libérale dans le conservatisme anglais qui n'existe pas dans celui de nos français, plus radical et intransigeant. Certains observateurs du conservatisme, place Maurras dans ce courant et pourtant à y regarder de plus près, on s’aperçoit, qu'il appartient à la contre-révolution, antiparlementaire.  Ces même auteurs et ça peut paraître incongrue, y place Benjamin Constant (1767-1830),, Chateaubriant (1768-1848), François Guizot (1787-1874). Toqueville (1805-159), pourrait y figurer.
François Huguenin dans son "conservatisme impossible", paru en 2009, dit qu'il existe deux grandes traditions qui ont occupé le terrain à droite: le courant réactionnaire et le courant libéral. L'objet de son essai est de démontrer qu'un dialogue pourrait aboutir à une synthèse qui ressemblerait, d'assez près au conservatisme à la française.

Alors, qu'est-ce qui fait que le conservatisme ne prenne pas en France ? Il y a à cela, deux grandes raisons. La première, c'est que ce dernier s'est compromis dans des aventures qui lui ont été fatales. Le boulangisme et l'affaire Dreyfus, et plus près de nous, le régime de Vichy, qui laissera des traces pendant longtemps, qui fera que le conservatisme français, ne s'en relèvera pas. 
La deuxième raison, c'est qu'après mai 68, la droite courra après la modernité et se voudra plus progressiste que la gauche, surtout sous la présidence de Giscard d'Estaing qui signera l'arrêt de mort de la droite de convictions, dont le dernier représentant fût le Général de Gaulle...
(Fin de la première partie)

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