24/10/2017

Défi n° 26


Comme chaque mardi, je vais voir mon frère jumeau. Disons que nous ne le sommes pas vraiment, puisqu'on dit que nous sommes des dizygotes. Mais ça fait rien, car nous avons plus de points communs que de différences.

Comme d'habitude, donc, je remonte la côte pour aller le rejoindre. Il faut dire qu'il habite tout là-haut sur la colline, là où presque plus personne n'y vit. Mon frère est un solitaire, presqu'un ermite.

J'ai pleins de souvenirs de notre enfance dans ma tête et ils remontent à la surface. Je me souviens des moments où nous jouions après l'école jusqu'au souper et que nos parents n'en finissaient pas de nous appeler. 

-Aïe, mais qu'est-ce que j'ai ? Une douleur aiguë au pied gauche me fait arracher un cri de douleur. J'inspecte ma chaussure et je vois qu'un clou s'y est logé, jusqu'à la chair. Je le retire d'un coup sec, mais je continue ma route en clopinant un peu.

Arrivé au sommet de la colline, j'aperçois mon frère qui vient à ma rencontre. Comme je ne l'ai pas vu depuis un certain temps, j'ai du mal à le reconnaître avec sa longue barbe, poivre et sel.

Après les salutations d'usage, il me fait signe d'entrer. Il me débarrasse de mon manteau et remarque que je boite un peu. Je lui raconte ma mésaventure et il me dit qu'il a une potion à base de vin blanc qui est très efficace. J'ôte ma chaussure et le laisse faire.

Il est midi et l'heure du déjeuner à sonner. Il me fait asseoir et me dit qu'il a préparé un ragoût de porc avec des morceaux que bien des gens, refuseraient de manger aujourd'hui.

- Frérot, tu préfères la queue ou le jarret ?
- Tu connais mes goûts. Je préfère le jarret, s'il te plait !
- Alors, va pour le jarret ! Tu m'en dira des nouvelles.
- Si tu veux, frérot, y a du sel et du poivre. Tu peux l'assaisonner comme tu veux. Prends aussi un bon coup de blanc, je sais que tu l'aime, ce petit vin que le père Lariot fait maison. Il est gouleyant à souhait.

On a passé la journée ensemble à se remémorer nos souvenirs, mais l'heure est déjà bien avancée.

- Il faut que j'y aille. On se reverra une autre fois. Je dois redescendre la colline, maintenant. A bientôt, mon frère. 
Je l'embrasse et lui dit au-revoir sur le pas de sa porte.

En descendant, je ne peux contenir ma joie d'avoir revu ce frère qui me manque parfois et que je ne vois pas si souvent que je ne le voudrais.

[ Défi n° 26, chez Pélagie]

6 commentaires:

  1. Coucou. Le défi est relevé. Je vois la barbe de ton jumeau, la petite côte qu'il faut gravir, je sens le fumet du repas et j'entends les bribes d'une conversation tranquille. On a de la peine à repartir dans les premiers frimas. Il faisait si bon là-haut. Bises alpines et belle semaine.

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    1. Merci pour le compliment. J'essaie d'écrire comme si je peignais à la Wermeer. J'aime ce peintre.
      Amitiés normandes sous la grisaille.

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  2. Voyons, il importe peu que ce soit du vécu ou de l'imaginaire... Le trait est limpide, aéré... J'aime bien !
    Cela me déstabilise un chouilla, me renvoyant à mes fantômes, mais je persiste : j'aime bien.

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    1. Pour tout vous dire. J'écris rarement des textes autobiographiques. J'ai du mal à me livrer.
      Merci pour le compliment, même si je suis désolé que cela vous ait déstabilisé.

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  3. Superbe participation à relever ce défi Jean-François ! Mille bravos et bonne poursuite de ce mercredi !

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    1. Merci pour ton encouragement.
      Bonne fin d'après-midi à toi aussi !

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Des mots doux, d'autres amers. Pourquoi pas. L'essentiel est de demeurer dans la bienséance qui sied aux gens bien élevés. Merci !